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Syndicalisme intergénérationnel : comment créer des ponts entre les générations de membres

24 septembre 2025

Syndicalisme intergénérationnel : comment créer des ponts entre les générations de membres

Par Amélie Cournoyer, rédactrice agréée 

Il y a de ces défis dans le monde syndical qui persistent, comme des valeurs et des visions entre les jeunes générations et les plus expérimentées. Pour l’AEFO, il importe de comprendre les besoins et aspirations de chacune tout en cherchant des points communs qui rassemblent. 

Avec le départ en masse des baby-boomers ces dernières années, le marché du travail se compose d’une part toujours plus importante de membres des générations Y et Z. Selon les données de 2021 de Statistique Canada, la population en âge de travailler ayant vu le jour entre le début des années 1980 et le début des années 2010 frôle les 51 % de la population active.

Sur le marché du travail, il est impossible de nier le fossé entre les jeunes générations et les plus expérimentées. De façon générale, les baby-boomers et la génération X ont une conception du travail hiérarchique centrée sur l’ancienneté, la progression dans l’organisation et la loyauté envers l’employeur. Ces générations accordent une grande importance à la stabilité d’emploi et apprécient les structures en place, dont ils ont réussi à tirer avantage au fil des ans.

Quant aux plus jeunes générations, les Y et Z, elles cherchent un travail porteur de sens, qui contribue à leur épanouissement personnel et à une conciliation travail-famille. Elles exigent donc une très grande flexibilité de la part de leur employeur, tant au niveau de leur horaire de travail (lorsque la nature de leur emploi le permet) que des structures organisationnelles, qu’elles souhaitent moins lourdes et hiérarchisées.

 

Une vision différente du syndicalisme 

Les différences entre les générations se transposent inévitablement dans les habitudes syndicales de chacune. Les générations baby-boomers et les X restent en général attachées aux acquis historiques du syndicalisme et elles privilégient le bien-être collectif. Les types de communications plus formels, centrés sur les publications internes et les assemblées, leur conviennent très bien.

Les générations Y et les Z aimeraient, pour leur part, voir certaines pratiques syndicales évoluer afin de mieux les rejoindre et de mieux leur correspondre. Les études donnent comme exemples le langage utilisé dans les assemblées générales, qui est jugé complexe et exclusif par plusieurs jeunes, ainsi que les conventions collectives, qui peuvent être perçues comme incompatibles avec la flexibilité recherchée par ces générations.

 

Pourquoi créer des ponts entre les générations de syndicalistes? 

La réponse est simple : chaque génération a ses forces, et celles-ci sont complémentaires. Les syndicalistes de longue date possèdent de l’expérience et une mémoire collective (p. ex. : l’historique des contrats de travail, les fondements de certaines clauses dans les conventions collectives, les stratégies employées durant les négociations). « La transmission de ces savoirs entre les générations est primordiale afin que nous puissions continuer de défendre efficacement le droit de l’ensemble des travailleuses et des travailleurs, de bâtir de nouvelles revendications et, dans une optique plus large, d’assurer la continuité du mouvement syndical », soutient Gabrielle Lemieux, présidente de l’AEFO.

Quant aux jeunes générations, elles sont généralement plus scolarisées et maîtrisent mieux les outils numériques ainsi que les nouvelles formes de mobilisation. Leur participation permet de moderniser le syndicalisme en intégrant de nouvelles priorités, comme la flexibilité des horaires et la conciliation travail-famille.

Les différences de vision entre les générations de syndicalistes peuvent générer des incompréhensions, des sentiments d’injustice ou des tensions. « L’objectif est donc de réduire la séparation entre les générations en créant un sentiment d’appartenance commun, une solidarité intergénérationnelle », affirme Gabrielle Lemieux.

Dans un article publié dans Carrefour RH, on peut lire que le monde syndical doit se pencher rapidement sur le syndicalisme intergénérationnel s’il veut suivre la cadence de l’évolution du monde du travail : « [L]e syndicalisme semble devoir se renouveler, se repositionner et créer de nouveaux ponts avec les jeunes générations afin de raviver la flamme du mouvement syndical et inciter à l’adhésion à leurs valeurs plutôt que de se limiter à aller chercher de [nouvelles et] nouveaux signataires. »

 

Comment créer des ponts

Selon les études, il y a plusieurs facteurs qui contribuent aux échanges et aux liens entre les générations de syndicalistes.

  • Miser sur l’accueil ainsi que sur l’intégration syndicale. Il importe de bien accueillir et de guider les personnes nouvellement membres ou élues afin de leur faire connaître les enjeux, les ressources et les modes d’action du syndicat. Dans son mémoire intitulé Jeunes et syndicalisme : une intégration réussie?, Marc-Antoine Durand-Allard note à cet effet que l’accueil des nouvelles et nouveaux membres « permettrait de faire connaître, dès l’embauche, ce que représente un syndicat et ce que signifie en être membre ».
  • Promouvoir le mentorat et le coaching intergénérationnel. Cette relation d’aide qui s’établit entre une ou un membre d’expérience et une ou un recrue est un levier puissant pour rapprocher les générations. Il permet un transfert mutuel de compétences, en plus de renforcer la cohésion et la compréhension entre les générations. Marc-Antoine Durand-Allard mentionne que l’expérience réussie du mentorat dans les assemblées générales en est un exemple : « Parmi les [représentantes et] représentants jeunes rencontrés, deux sur trois ont confié avoir été recrutés par [une ou] un représentant syndical d’expérience qui les ont [sic] personnellement formés et encouragés à participer comme militant dans leur syndicat local. »
  • Créer des projets, des activités, des ateliers ou des comités intergénérationnels. Les rencontres entre plusieurs générations de membres en lien avec ces projets et activités mènent généralement à des situations de coapprentissage. « [L]orsque les [travailleuses et les travailleurs] de différentes générations sont appelés à travailler ensemble sur des dossiers communs, ils apprennent à reconnaître la valeur de l’expertise des uns et des autres en liens concrets avec l’activité de travail et les attentes organisationnelles », note Marie-Claude Poliquin dans sa thèse Les relations et interactions intergénérationnelles d’apprentissage en milieu syndical : Apports pour la pratique et conditions.
  • Favoriser les relations de coopération. Selon Marc-Antoine Durand-Allard, la multiplication des interactions entre les générations de membres permet de dissiper le sentiment chez les jeunes de se faire représenter par une autre génération. « Des écrits sur les femmes et le syndicalisme avaient montré l’effet rebutant sur celles-ci de l’attitude paternaliste des officiers syndicaux à leur égard. Les mêmes constats sur ces attitudes refont maintenant surface dans les écrits sur les jeunes », relate-t-il dans son mémoire.
  • Valoriser les rencontres informelles. Afin de contribuer à la création de relations intergénérationnelles, il importe de privilégier l’accompagnement spontané ou sollicité ainsi que les moments de socialisation informels intégrés aux rencontres officielles. Lors de son travail sur le terrain, Marc-Antoine Durand-Allard a en effet remarqué que « le cadre strict de plusieurs modalités de socialisation avait un effet inhibiteur sur la participation, favorisait des relations d’échanges instrumentales et ne tenait pas compte de la sensibilité de cette nouvelle génération pour les interactions réciproques avec leurs [représentantes syndicales et] représentants syndicaux ».
  • Reconnaître l’expertise propre à chaque génération. Marie-Claude Poliquin écrit que la qualité des relations sociales entre les travailleuses et travailleurs de différentes générations est influencée « par la reconnaissance organisationnelle de la valeur des compétences et de l’expertise des uns et des autres ». La chercheuse précise que les savoirs valorisés par les organisations ne devraient donc pas seulement être « associés à la longévité, mais plutôt à la diversité des contenus et des expériences ».
  • Intégrer des jeunes dans des postes décisionnels pour mieux innover. Les études indiquent que les jeunes ont peu d’opportunités de participer activement ou de jouer un rôle influent dans leur syndicat. « Certains écrits mettent d’ailleurs de l’avant que les jeunes souhaiteraient obtenir un pouvoir décisionnel et que les tribunes qu’on leur confère aient un rôle allant au-delà de la consultation sporadique, voire symbolique », a observé Marc-Antoine Durand-Allard.

Bref, en misant sur le fait que les générations se complètent, il est possible pour les syndicats de transformer les différences entre celles-ci en leviers de solidarité, de créativité et d’engagement durable. Cela permet au mouvement syndical d’être plus inclusif et résilient au bout du compte. « Ensemble, les nouvelles générations et les plus expérimentées combinent innovation et tradition afin de redoubler la force syndicale », conclut la présidente de l’AEFO.

Syndicalisme intergénérationnel : comment créer des ponts entre les générations de membres

Pour l’AEFO, créer des ponts entre les générations, c’est investir dans la pérennité, la pertinence et la force du syndicat.

 

« Cela permet à l’association d’adapter ses pratiques aux réalités actuelles, et ainsi d’éviter de rester figée dans des pratiques dépassées ou déconnectée des aspirations des nouvelles générations », commente Gabrielle Lemieux, présidente de l’AEFO.
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