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Perspectives syndicales
Devenir plus autonome en améliorant son jugement professionnel

25 mars 2024

<em><small>Perspectives syndicales</small></em> <br>Devenir plus autonome en améliorant son jugement professionnel

Par Philippe Boivin, rédacteur

Avez-vous déjà entendu parler de l’autonomisation au travail? Il s’agit de cette idée de faire preuve d’initiative, de discernement et d’auto-organisation dans le cadre de ses fonctions. Être autonome dans son travail, c’est également avoir la liberté d’exercer son jugement professionnel, un droit que l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) défend pour l’ensemble de ses membres, mais qui doit cependant s’utiliser dans un cadre défini.

 

Le jugement professionnel est considéré comme un levier d’efficacité et de performance pour les organisations par plusieurs études portant sur le développement organisationnel. Celui-ci se développe évidemment avec le temps et l’expérience. Mais il repose également sur la connaissance des règles et des autres lignes directrices de la profession enseignante, comme le précise Mylène Comeau, membre de l’AEFO et enseignante à l’école secondaire catholique Saint-Charles-Garnier, à Whitby. « Un peu comme une avocate ou un avocat qui doit maîtriser les différentes lois pour défendre convenablement les intérêts de sa clientèle, nous, les enseignantes et enseignants ainsi que les autres professionnelles et professionnels de l’éducation, devons toujours avoir en tête nos obligations et nos responsabilités. Ainsi, nous pouvons interpréter une situation en particulier et prendre les décisions adéquates pour le bien des élèves et de nos tout-petits », illustre-t-elle.

En plus de siéger au comité directeur de sa région, dans l’unité 64, Mylène Comeau a été déléguée syndicale durant huit ans et sera membre du conseil d’administration de l’AEFO dès septembre prochain. « Par ces rôles, je suis familière avec les lois, règlements et conventions collectives. Je dois avouer que ça m’a permis d’aiguiser mon jugement professionnel, ce qui m’a rendu un fier service dans mon quotidien d’enseignante », admet-elle.

À la lumière de sa propre expérience, Mylène Comeau conseille à ses collègues, particulièrement celles et ceux qui en sont à leurs débuts dans la profession enseignante, de se tenir le plus au fait possible du cadre légal et réglementaire qui leur est imposé ainsi que de leurs droits. « Les formations continues sont aussi un excellent outil pour développer notre autonomie et notre jugement professionnel », préconise-t-elle.

 

La clé pour développer des relations de confiance

Selon l’AEFO, un jugement professionnel adéquat permet de prendre des décisions éclairées et plus facilement justifiables. Constamment sollicité, le jugement professionnel sert non seulement dans l’enseignement et dans la gestion de classe ou du milieu de travail, mais aussi dans les relations avec les collègues, les parents, la direction, les comités, etc.

« Nos membres, qui œuvrent non seulement dans des écoles, mais aussi dans divers milieux de travail, ont tout intérêt à mieux le comprendre et à le développer, car il leur permet de bâtir une relation de confiance avec toutes ces personnes. Et plus la confiance règne, plus elles et ils acquièrent de l’autonomie dans l’exercice de leurs fonctions », relate le cadre en relations professionnelles à l’AEFO, Rémi Sabourin.

 

Un guide pratique

En enseignement, l’autonomisation est essentielle à l’exercice de la profession : elle permet notamment au personnel enseignant de participer au choix des approches pédagogiques, d’offrir un enseignement de qualité adapté aux besoins particuliers des élèves et d’évaluer leurs apprentissages en conséquence.   

Afin d’aider le personnel enseignant à devenir plus autonome par l’amélioration de son jugement professionnel, l’AEFO a préparé le guide Le jugement professionnel quand on enseigne, disponible en ligne sur le tout nouveau site Web de l’AEFO. « Ce guide donne entre autres une foule d’exemples de situations que vivent régulièrement les enseignantes et enseignants dans leur travail et où ils sont invités à appliquer leur jugement professionnel à différents degrés », explique Rémi Sabourin.

Le guide cite plusieurs exemples de situations où les enseignantes et enseignants profitent d’une plus grande marge de manœuvre. On les encourage notamment à faire preuve de jugement professionnel au moment de :

  • choisir d’accueillir ou non des élèves en éducation coopérative, des étudiantes et étudiants d’une faculté d’éducation, etc.;
  • permettre ou non aux parents d’entrer dans la salle de classe;
  • décider de participer ou non à une réunion du comité d’identification, de placement et de révision pendant le temps de préparation;
  • choisir de participer ou non à une rencontre avec la direction pendant le temps de préparation;
  • déterminer la méthode et la fréquence des communications avec les élèves au-delà des exigences de la Loi sur l’éducation et de ce que préconise le document Faire croître le succès;
  • choisir les processus, les travaux des élèves et l’environnement d’apprentissage qui répondent au profil de la classe.

Bien entendu, toute décision doit être conforme aux lois, règlements, politiques, directives, normes et conventions collectives que doit respecter chaque enseignante et enseignant. Ainsi, diverses obligations les limitent dans l’exercice de leur jugement professionnel, comme :

  • évaluer les élèves et remplir les bulletins (les lignes directrices mentionnées dans Faire croître le succès doivent être suivies);
  • demeurer en communication continue avec les élèves et les parents (ou tutrices et tuteurs);
  • enseigner le curriculum pour les sujets ou les cours qui sont assignés en s’assurant de répondre aux attentes d’apprentissage des élèves;
  • utiliser, lorsque c’est pertinent, des stratégies de différenciation pédagogique;
  • préparer les plans et les grandes lignes de cours comme l’exigent la direction ou d’autres autorités scolaires.

 

Pour des décisions éclairées

Faire appel à son jugement professionnel, c’est se référer à ses connaissances professionnelles ainsi qu’à son expérience sur le terrain afin de mieux éclairer une décision. « L’observation et l’écoute sont aussi essentielles pour poser des actions sensées et justes, précise Rémi Sabourin. Cependant, une décision ne devrait jamais être basée sur une idée préconçue, une intuition ou une émotion. » Il faut donc éviter de se laisser influencer par les différents biais cognitifs, souvent inconscients, comme celui de confirmation, qui nous pousse à croire et à préférer les informations alignées avec nos croyances.

« En ayant conscience de tous ces éléments, les enseignantes et enseignants doivent se faire confiance dans leurs prises de décisions. Après tout, ils possèdent l’expertise nécessaire pour veiller au bien des élèves », insiste-t-il.

Rappelons-nous, pour finir, que la clé d’un bon jugement professionnel réside dans la pensée critique et éclairée par rapport à sa propre pratique ainsi que dans l’évaluation de la portée de ses décisions sur les élèves. « Je crois qu’en faisant preuve d’ouverture, de curiosité et de diligence, nous sommes sur la bonne voie pour développer notre jugement professionnel et acquérir plus d’autonomie », conclut l’enseignante Mylène Comeau.

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