10 juin 2026
Par Amélie Cournoyer, rédactrice agréée
Les membres de l’Unité 61 – Moyen-Nord catholique travaillent à Sudbury, à Sault-Sainte-Marie ou dans les petites écoles des villages du nord de l’Ontario. Malgré la grande variété des milieux de travail, une mobilisation collective réussit à émerger.
L’Unité 61 ne ressemble à aucune autre. S’étendant de Warren à l’ouest jusqu’à Sault-Sainte-Marie à l’est, en remontant jusqu’à Hornepayne au nord, elle couvre un vaste territoire. La plupart des quelque 500 membres réguliers, répartis dans 38 lieux de travail affiliés au Conseil scolaire catholique Nouvelon, se trouvent dans des écoles comptant environ une douzaine d’enseignantes et d’enseignants.
« À part Sudbury et Sault-Sainte-Marie, on peut dire que l’unité est un regroupement de plein de petites écoles situées dans des villages qui ont chacun leurs particularités, leur moteur économique, leur histoire ainsi que leur propre rapport à la culture et à la langue françaises », mentionne Martin Aubin, président de l’Unité 61 depuis 2024.
Martin Aubin connaît bien les réalités des écoles francophones établies dans les communautés situées dans le nord de la province, comme Chapleau, Wawa ou Hornepayne, pour avoir lui-même enseigné dans la région pendant 13 ans. « Je pense que cela aide beaucoup dans ma relation avec ces membres-là », dit-il.
Selon lui, bien que ces écoles soient situées dans des endroits isolés, elles peuvent compter sur un tissu social fort. « Dans ces milieux, les écoles sont souvent au cœur de la communauté francophone », assure-t-il. Le risque, en revanche, est que le personnel enseignant ne se sente pas vraiment intégré à l’unité : « Il faut sortir les membres de leur bulle. Quand on est éloigné, on peut vite développer un sentiment d’isolement. »
Le président dit qu’il faut redoubler d’efforts pour joindre ces membres, afin qu’elles et ils se sentent intégrés à l’unité et qu’elles et ils participent aux activités. « Mon travail est de leur montrer que ce n’est pas parce qu’elles et ils sont loin de Sudbury que c’est moins leur unité. Je veux que ces membres sachent que l’Unité 61 est là pour elles et eux aussi », explique-t-il.
L’école de Sault-Sainte-Marie occupe une place à part dans ce tableau. La ville est malheureusement célèbre pour son rapport difficile, voire tendu, avec sa communauté francophone. Rappelons qu’en 1990, le conseil municipal a adopté une résolution déclarant la ville unilingue anglaise, en s’appuyant sur une pétition signée par un tiers de la population. Les tensions entre francophones et anglophones étaient vives à l’époque. Des manifestations anti-francophones ont même eu lieu. La résolution municipale a depuis été invalidée par les tribunaux en 1994. Puis le maire a présenté des excuses à la communauté francophone en 2010 et le drapeau franco-ontarien a été hissé devant la mairie en 2015.

Des membres de l’AEFO de l’École Notre-Dame-du-Sault au Sault-Sainte-Marie lors de la journée Red4Ed du 29 avril 2026.
Or, ce pan de l’histoire de Sault-Sainte-Marie a laissé des traces durables dans les mentalités. Annie Gentès, qui y enseigne depuis 18 ans, décrit une ville où le français a presque disparu de l’espace public. « Quand mes enfants ont commencé l’école, ils étaient les seuls à parler français et à comprendre l’enseignante. Comme ils ne pouvaient pas communiquer avec les autres en anglais, ils ont été rejetés. Ils ont eu du mal à se faire des amies et amis », se rappelle-t-elle.
En 2010, le conseil scolaire a pris la décision de regrouper les écoles élémentaires et secondaires de la ville en un seul établissement accueillant les enfants de la maternelle à la 12e année. Depuis, le nombre d’inscriptions à l’école Notre-Dame-du-Sault diminue chaque année. « Il y a toujours eu entre 80 et 100 élèves au secondaire, souligne Annie Gentès. Mais, depuis la fusion, on perd des élèves chaque année : il y en a 44 actuellement et on en prévoit entre 25 et 35 l’an prochain. » Dans ce contexte, l’école peine à concurrencer les écoles secondaires anglophones de plus ou moins 1 000 élèves. « Après la 8e année, nos élèves veulent aller dans une plus grosse école, parce que les superschools offrent plus de services. La rétention des élèves est un énorme problème », relate-t-elle.
C’est sans compter que la communauté francophone fait encore face aux préjugés. « Les jeunes ne veulent pas dire qu’elles et ils fréquentent notre école, parce que c’est très mal vu par les autres. Aller à l’école française, c’est considéré comme loser », rapporte-t-elle. On comprend donc que le rôle de faire vivre la langue et la culture françaises aux jeunes revient en grande partie au personnel enseignant… et que c’est tout un défi! « On travaille fort pour y arriver », confirme celle qui est responsable de la construction identitaire à son école.
Annie Gentès témoigne d’une transformation des mentalités du personnel enseignant vis-à-vis du syndicalisme : « Avant, on nous disait de ne jamais appeler le syndicat, au risque de se faire mettre sur une liste. Les enseignantes et enseignants avaient peur de nommer les choses. » Depuis qu’elle est déléguée syndicale, Annie Gentès s’emploie à changer la dynamique de son école. « Je leur rappelle que le syndicat est là pour nous soutenir et s’assurer que le conseil ne profite pas de nous. Mais, pour ça, il faut connaître nos droits et les faire valoir », dit-elle. L’enseignante donne en exemple les réunions du personnel à l’heure du dîner : « L’école en a tenu, mais le personnel ignorait qu’elles n’étaient pas obligatoires. »
Martin Aubin affirme lui aussi travailler fort depuis son entrée en poste pour que les membres s’affirment davantage, notamment dans les dossiers de la violence au travail et du manque de ressources et de soutien. Il constate également un engouement croissant pour le syndicalisme au sein de l’unité. Lors des dernières activités provinciales de l’AEFO, les trois quarts des déléguées syndicales et délégués syndicaux de l’Unité 61 ont participé à la conférence, et l’unité était l’une des mieux représentées à la Conférence des nouveaux membres tenue en mars dernier. « C’est une grande réussite pour nous », clame-t-il. Puis, lors de la dernière assemblée de l’unité, huit des neuf postes ont été mis en élection. « De voir autant de gens vouloir s’impliquer dans l’unité, c’est super excitant! », de conclure le président.