24 septembre 2026
Par Sabrina Osborne, conseillère aux communications à l’AEFO
Apprendre, partager et tisser des liens au-delà des frontières : voilà l’essence du programme Enseigner ensemble. Depuis plus de 60 ans, cette initiative de la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants (FCE), à laquelle participe l’AEFO, permet au personnel enseignant canadien de collaborer avec des collègues de différents pays, tout en favorisant le partage d’expertise et l’apprentissage réciproque.
Ensemble, les équipes planifient et coaniment des activités de perfectionnement professionnel adaptées aux réalités locales. Cette collaboration favorise le partage d’idées, le développement professionnel et le renforcement des liens entre les membres de la profession enseignante.
À l’été 2026, trois membres de l’AEFO ont choisi de vivre l’aventure Enseigner ensemble. Maude Goupil a pris part au programme au Bénin, tandis que Mylène Comeau et Dalouba Gbati ont participé à l’édition tenue au Togo. Nous les avons rencontrés afin d’en apprendre davantage sur leur préparation, leur expérience et les apprentissages tirés de cette aventure.

Dalouba : J’étais rendu à un moment de ma carrière où j’avais des choses à partager, mais je voulais aussi découvrir les pratiques de collègues d’ailleurs. Je suis toujours à la recherche de nouvelles approches que je peux expérimenter en salle de classe. Je souhaitais donc comparer mon expérience à une autre vision de l’enseignement et poursuivre cette quête de meilleures pratiques.
Mylène : J’aime apprendre et aider les autres. Je savais qu’en allant dans un autre pays pour travailler avec des enseignantes et enseignants, j’allais à la fois apprendre et partager mes connaissances. J’aime aussi découvrir d’autres cultures et apprendre des personnes que je rencontre.
Maude : J’étais déjà allée au Bénin en 2019 dans le cadre d’un projet de l’Université de Sherbrooke, alors que j’étais encore étudiante. Je cherchais une nouvelle occasion de collaboration internationale, cette fois comme enseignante, afin de travailler avec des collègues, de créer des formations et de réinvestir cette expérience dans ma pratique. Lorsque j’ai vu que les candidatures étaient ouvertes, j’ai décidé de tenter ma chance.
Dalouba : La FCE nous a apporté un excellent soutien dès notre sélection. Nous avons participé à plusieurs rencontres pour recevoir les grandes orientations du programme, poser nos questions et nous préparer sur les plans psychologique et matériel. Des rencontres en petits groupes avec notre chef d’équipe nous ont permis de mieux nous connaître et de préciser notre préparation. Comme je suis originaire du Togo, je connaissais déjà un peu l’environnement dans lequel j’allais retourner.
Mylène : Nous avons commencé par des appels vidéo avec notre équipe de trois personnes afin d’apprendre à nous connaître. Nous avons étudié le guide des participantes et participants, les consignes et les responsabilités liées au voyage, notamment le savoir-être lorsqu’on se trouve dans un autre pays. Nous avons aussi préparé nos présentations à partir des sujets transmis par l’équipe d’accueil. Enfin, une rencontre prédépart à Ottawa nous a permis de rencontrer les équipes affectées au Togo et au Bénin et d’échanger avec des personnes ayant déjà participé au programme.
Maude : À compter de l’hiver, nous avons eu plusieurs rencontres avec la FCE pour bien comprendre qu’il s’agissait d’un projet de collaboration et de travail, et non d’un voyage touristique. La préparation portait notamment sur les réalités ouest-africaines, l’ouverture aux différences et les comportements à adopter. J’ai aussi rencontré régulièrement en ligne les membres de mon équipe, qui venaient de différentes régions du Canada. Ces échanges nous ont permis de reconnaître nos forces, nos défis et la façon dont nous pouvions nous compléter.
Dalouba : J’ai principalement animé des ateliers sur la conception universelle de l’apprentissage et sur l’utilisation de la technologie en salle de classe. Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est l’intérêt exceptionnel des participantes et participants pour les outils technologiques. Les questions étaient si nombreuses que nous avons dû adapter le rythme des ateliers pour prendre le temps d’explorer leurs besoins et leurs réalités.
Mylène : J’ai présenté un atelier sur la conception universelle de l’apprentissage. J’ai aussi animé un atelier sur le matériel didactique en démontrant comment transformer des ressources facilement accessibles en outils d’apprentissage stimulants et signifiants pour les élèves. Pendant la journée culturelle, j’ai expliqué la fabrication du sirop d’érable et les règles du hockey. Nous avons également présenté le Canada, nos provinces et nos syndicats, tandis que les participantes et participants togolais partageaient leurs danses, leurs vêtements et leurs traditions régionales.
Maude : J’ai notamment animé un atelier sur le passage de la langue orale à la lecture et à l’écriture, ainsi qu’une activité sur la gestion de classe et l’anticipation des besoins des élèves. L’une des activités les plus marquantes s’inspirait d’une réalité présente durant notre séjour : les fortes pluies vécues au Bénin. À partir de cette mise en situation concrète, les participantes et participants étaient invités à imaginer et à concevoir un abri en mobilisant leurs connaissances en sciences, en mathématiques et en résolution de problèmes. Les ateliers reposaient sur une collaboration étroite entre les équipes canadienne et béninoise, tant dans la planification que dans l’accompagnement des groupes.
Dalouba : Les journées étaient assez chargées. Nous quittions l’hôtel vers 7 h 45 et les activités commençaient à 8 h. Lorsque nous n’animions pas, nous soutenions la personne responsable de la formation en circulant dans la salle, en distribuant le matériel et en accompagnant le groupe. Après les ateliers, qui se terminaient vers 16 h 30, l’équipe faisait un bilan et préparait les activités du lendemain.
Mylène : Après le déjeuner, notre organisatrice venait nous chercher pour nous conduire au lieu de formation. La première semaine regroupait une cinquantaine de membres du personnel enseignant du préscolaire et du primaire, tandis que la deuxième réunissait environ une trentaine de personnes du secondaire. Deux blocs de formation avaient lieu le matin et deux autres l’après-midi. Les chants, les comptines et les danses rythmaient les journées et faisaient partie intégrante de l’expérience. Ces moments de partage, spontanés et rassembleurs, créaient une ambiance chaleureuse et permettaient de découvrir la richesse de la culture togolaise.
Maude : Les journées étaient rythmées par les ateliers, les échanges entre collègues et les moments de concertation en équipe. Ce que je retiens surtout, ce sont les liens que nous avons tissés avec nos collègues béninois. Nous avons beaucoup collaboré, partagé nos idées et appris les uns des autres. Nous avons reçu un accueil empreint de beaucoup de bienveillance, ce qui a rendu l’expérience particulièrement enrichissante sur le plan humain.

Dalouba : Cette expérience m’a apporté une grande satisfaction personnelle. Comme je retournais dans mon pays d’origine, j’avais le sentiment de revenir partager avec les miens une partie des connaissances acquises au cours de ma carrière. J’ai surtout constaté l’immense intérêt des collègues pour la technologie éducative.

L’équipe du programme Enseigner ensemble au Togo a également profité de moments de découverte et d’échange qui ont contribué à renforcer les liens entre les participantes et participants.
Mylène : Cette expérience m’a rendue encore plus reconnaissante et ouverte. Elle m’a permis de constater qu’au-delà des différences de contexte, les membres du personnel enseignant partagent le même désir d’apprendre, d’évoluer et de soutenir leurs élèves. Elle m’a aussi aidée à mieux comprendre les réalités des personnes nouvellement arrivées au Canada et à accueillir les différences avec davantage de sensibilité.
Maude : Avant le départ, ce qui me rendait le plus nerveuse était d’animer des formations devant des adultes, puisque j’enseigne principalement en 1re et 2e année. J’ai découvert que j’étais très à l’aise dans ce rôle. J’ai développé mes compétences en animation de groupe, en mentorat et en collaboration avec des collègues adultes. Les échanges avec le personnel enseignant béninois m’ont aussi appris à mieux comprendre les ressemblances et les différences entre nos réalités et à trouver un juste milieu dans le partage des pratiques. Cette expérience m’a permis de découvrir de nouvelles forces et m’a donné confiance dans ma capacité à accompagner et à former d’autres collègues.
Dalouba : De voir la réaction des collègues au moment de découvrir une stratégie ou un outil à appliquer concrètement dans leur classe. Leur intérêt pour la technologie était si grand que nous n’avons pu présenter qu’une petite partie du contenu prévu, tant les questions étaient nombreuses.
Mylène : L’accueil des participantes et participants m’a vraiment marquée. Après certaines présentations, elles et ils chantaient pour nous remercier, et les danses ainsi que les comptines créaient une atmosphère très chaleureuse. J’ai aussi été touchée par leur désir d’avancer professionnellement, notamment lorsque des personnes ont créé leurs propres activités dans Kahoot! et souhaitaient obtenir nos commentaires.
Maude : Notre rencontre avec le cabinet du ministre de l’Éducation du Bénin. Nous avons pu discuter des ressemblances et des différences entre nos systèmes, expliquer la collaboration entre la FCE et les syndicats béninois, puis envisager les possibilités de poursuivre cette coopération. J’ai trouvé très significatif de voir des représentantes et représentants du ministère et des syndicats parler ensemble de formation continue et du soutien au personnel enseignant. J’ai aussi été touchée par l’accueil chaleureux, sympathique et empathique de nos collègues béninois.
Dalouba : La profession enseignante est une aventure, peu importe l’endroit où elle s’exerce. Participer à Enseigner ensemble, c’est une occasion unique de partager son expertise, de découvrir de nouvelles réalités éducatives et de créer des liens avec des collègues d’ailleurs dans le monde. On en revient inspiré, enrichi et avec de nouvelles idées à mettre en pratique. C’est une expérience marquante que je recommande sans hésitation.
Mylène : Allez-y! Cette expérience permet de grandir comme personne et comme enseignante ou enseignant. Découvrir ce qui se fait ailleurs, rencontrer des collègues d’autres régions et d’autres cultures, puis constater tout ce qui nous rassemble apporte une nouvelle perspective sur notre profession. C’est aussi une belle occasion de créer des liens et d’élargir son réseau, au Canada comme à l’international.
Maude : Si le projet vous intrigue, je vous dirais d’oser. Cette expérience permet de découvrir d’autres réalités, mais aussi de constater à quel point les membres du personnel enseignant partagent des défis et des aspirations similaires, peu importe le contexte dans lequel elles et ils évoluent. On en revient avec une meilleure compréhension du monde qui nous entoure, un regard différent sur la réalité de nos élèves et une ouverture qui continue de nous accompagner bien après le retour.
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