24 septembre 2026
Par Amélie Cournoyer, rédactrice agréée
Les membres de l’Unité 60B – Nipissing catholique sont « comme une grande famille » … avec tous les avantages et les défis que cela suppose. Survol de cette petite unité où pratiquement tout le monde se connaît.
Il suffit de tracer un cercle sur la carte pour comprendre : l’Unité 60B couvre le plus petit territoire géographique de toutes les unités de l’AEFO. Ses quelque 300 membres – personnel enseignant régulier et suppléant ainsi que des membres du personnel administratif, professionnel et de soutien du Conseil scolaire catholique Franco-Nord – se répartissent dans 11 écoles élémentaires, 3 écoles secondaires et au siège social. « À partir du siège social du conseil scolaire, qui est à North Bay, l’école la plus éloignée en distance est à 55 minutes de route environ », explique Nathalie Drolet, présidente de l’unité.
Que ce soit Mattawa, Bonfield, Astorville, Thorne, Sturgeon Falls, River Valley ou Verner, ces municipalités portent toutes, chacune à sa façon, une longue mémoire francophone. « Ce sont toutes des petites communautés à fort caractère francophone, avec une longue histoire dans la francophonie ontarienne », souligne la présidente de l’unité. Sturgeon Falls, notamment, garde vivant le souvenir de la grève menée par les élèves et leurs parents en 1971 pour la création d’une école secondaire de langue française.
Présidente de l’Unité 60B depuis 2014, Nathalie Drolet a toujours été élue par acclamation. « J’espère que ça veut dire que les membres sont satisfaites et satisfaits de mon travail », lance-t-elle à la blague. Les sept premières années de son mandat, Nathalie Drolet a cumulé une tâche en enseignement à temps partiel avec ses fonctions de présidente. « Auparavant, les présidences des plus petites unités n’étaient pas dégagées à temps plein », se rappelle celle qui a enseigné pendant 25 ans.
Nathalie Drolet a donc porté deux chapeaux durant les sept premières années de son mandat de présidente. À l’époque, ce n’était pas rare que les membres de son unité l’accrochent dans le corridor pour lui poser des questions sur leurs droits. « Ça ne m’a jamais ennuyée ou stressée. Ça m’a toujours fait plaisir de répondre aux questions des membres », assure-t-elle.
En 2022, le conseil d’administration de l’AEFO a libéré à temps plein les présidences de presque toutes les unités. Ce changement a surtout bénéficié aux unités dans le nord de l’Ontario, qui sont en général plus petites. Ce passage à la présidence à temps plein a donné à Nathalie Drolet une plus grande disponibilité pour échanger avec ses membres et remplir ses diverses responsabilités (par exemple : visites d’écoles, formations, représentations communautaires). « Cela a aussi éliminé la perception de conflit d’intérêts qui aurait pu exister du fait que j’étais une employée du conseil scolaire deux jours par semaine », ajoute-t-elle.
Une des particularités de l’unité, c’est que pratiquement tous les membres se connaissent. « Beaucoup se côtoient depuis l’enfance. Elles et ils connaissent aussi bien les familles des élèves et la communauté, dans laquelle elles et ils ont souvent grandi. Ça crée une dynamique différente : le personnel est très proche et engagé dans l’école et son milieu », rapporte Nathalie Drolet.
Cette proximité s’avère un atout lors des négociations avec l’employeur. « Ça peut mener à une empathie qui n’existe peut-être pas quand l’employeur a plusieurs centaines, voire des milliers d’enseignantes et enseignants à son emploi », fait remarquer la présidente. La promiscuité a toutefois son revers, dont la difficulté de préserver l’anonymat en cas de conflits entre les membres et l’employeur, justement parce que « tout le monde se connaît ».
L’unité se distingue par la bonne entente qui règne entre son équipe dirigeante et le conseil scolaire. « On est capable de se dire les vraies choses, affirme la présidente. Parfois, on s’entend qu’on ne s’entendra pas, mais on est généralement capable de s’entendre sur les choses importantes. » Parmi les petites victoires de l’unité ces dernières années, Nathalie Drolet mentionne le travail de fond sur la violence au travail ainsi que la formation mise sur pied pour le personnel suppléant journalier et le nouveau personnel enseignant.
Michelle Mainguy enseigne à North Bay depuis six ans. La jeune enseignante, qui s’est vu attribuer une classe de maternelle-jardin cette année, partage plusieurs défis liés à sa profession, comme la difficulté d’enseigner en français à des enfants unilingues anglophones (contrairement aux écoles dans les villages voisins, où la majorité des élèves parlent en français à la maison). « Ça prend deux fois plus de temps pour leur apprendre la matière », constate-t-elle.
Elle parle aussi de la taille des classes, qui atteint parfois 35 élèves, dont plusieurs avec des troubles d’apprentissage, des problèmes de comportement ou des besoins particuliers. Puis, elle déplore le manque de formation en gestion de classe pour le personnel enseignant : « Ce n’est pas quelque chose qu’on nous montre à l’école des sciences de l’éducation, alors il faut que tu sois une personne vraiment créative pour gérer les classes d’aujourd’hui. »
Mais Michelle Mainguy ne se laisse pas abattre par les défis de sa profession. Au contraire, ceux-ci l’ont incitée il y a quatre ans à s’engager au sein de l’AEFO comme déléguée syndicale. Le programme « Leadership en action » a notamment été un élément déclencheur dans sa vie professionnelle, mais aussi personnelle. « Ça m’a complètement changée comme personne. Ça m’a fait sortir de ma coquille et réaliser que, moi aussi, je suis capable de me défendre en parlant d’une façon appropriée et professionnelle », soutient-elle.

Après 12 ans en poste, Nathalie Drolet pense à sa succession. « On est plusieurs à prendre notre retraite dans les prochaines années, dit-elle. Quand on voit des membres qui ont la fibre syndicale et du leadership, on essaie de les accrocher. » Cela dit, la présidente ne s’inquiète pas pour sa relève : « Il y a des personnes qui m’ont dit : “Quand tu vas partir, ça me tente de me présenter à la présidence.” Ça me rassure beaucoup! »

Michelle Mainguy, qui s’est récemment impliquée dans le comité directeur, incarne justement cette relève. « Je trouve que ça m’amène beaucoup de confiance de me battre pour mes droits et de savoir qu’il y a des gens qui me soutiennent là-dedans », dit-elle. Elle encourage donc fortement les nouvelles et nouveaux membres à s’intéresser à leur syndicat : « Je leur dis de participer aux séances d’information et aux formations pour mieux comprendre ce que c’est. »
Quant à la présidente, elle pourra partir à la retraite l’esprit tranquille : « Quand on va quitter, nous, les plus vieilles et les plus vieux, je ne suis pas inquiète : les membres de l’Unité 60B seront entre bonnes mains. »