Mieux comprendre le processus de négociation des conventions collectives

Par Amélie Cournoyer, rédactrice agréée

La négociation des conventions collectives représente une partie importante du travail de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO). Ce processus laborieux, mais essentiel, permet de garantir des conditions de travail justes et équitables à ses membres. Toutefois, le comprenez-vous bien?

Les conventions collectives de l’ensemble des membres de l’AEFO qui travaillent pour un conseil scolaire en Ontario viendront à échéance le 31 août 2026. Même chose pour celles du personnel du Lycée Claudel (unités 201 et 202) ainsi que des unités 103 – PAPSP CSC Franco-Nord et 204 – Centre Jules-Léger. Quant à l’Unité 203 – Le CAP, les négociations pour sa nouvelle convention collective viennent tout juste de se conclure et les membres ont voté pour sa ratification le 3 juin dernier.

Pour mieux comprendre le déroulement des négociations et ce qui attend plusieurs d’entre vous dès l’automne, voici un résumé des quatre grandes étapes.

 

1. La préparation de la requête 

Avant de se rendre à la table des négociations, l’AEFO organise une série de consultations auprès de ses membres, notamment par des rencontres de style town hall et des sondages, dans le but d’identifier leurs besoins et leurs priorités pour leur prochaine convention collective. Les informations obtenues contribuent à orienter les sujets qui seront discutés lors des négociations et les demandes qui seront faites à l’employeur.

En parallèle, l’AEFO veille à la composition des équipes de négociation, regroupant généralement la présidence provinciale, une présidence locale ainsi que des expertes et experts en relations de travail. Ces gens possèdent à la fois une bonne connaissance des dossiers, une compréhension des enjeux et une capacité à dialoguer de façon efficace.

Une des missions du comité de négociation est d’analyser la convention collective en vigueur afin de déterminer les points qui devraient être modifiés ou améliorés, en se basant sur les griefs et les différends qui ont été déposés par les membres ainsi que sur les discussions avec les employeurs qui en ont découlé. « On fait un bilan des problématiques rencontrées durant la convention collective en vigueur ainsi que des solutions possibles pour y remédier », explique Yann Archambault, cadre en relations de travail à l’AEFO.

Afin de formuler des revendications réalistes et cohérentes, le comité effectue parfois des recherches sur les conditions dans des milieux de travail comparables. Ensuite, toutes les informations recueillies auprès des membres et à partir des recherches et des analyses sont utilisées pour élaborer les requêtes, c’est-à-dire les demandes officielles à l’employeur. « Il y a tout un travail d’analyse de documents et de préparation de preuves pour soutenir nos demandes et pour contrer les concessions que nous croyions que l’employeur tentera d’imposer dans les prochaines conventions collectives », poursuit le cadre en relations de travail.

Selon la loi, l’AEFO peut faire parvenir un avis de négociation à l’employeur 90 jours avant l’expiration de la convention collective. « On envoie alors notre intention de négociation, puis les porte-parole de chacune des parties se mettent d’accord sur le moment où les négociations débuteront », précise Yann Archambault.

Le conseil d’administration (CA) de l’AEFO joue un rôle clé dès le début du processus. C’est lui qui adopte les grandes orientations stratégiques en matière de négociation, notamment en approuvant les objectifs, les priorités et les principes directeurs à partir des consultations menées auprès des membres.

 

2. Les discussions

Pour le personnel enseignant et suppléant, les négociations se déroulent en deux temps. L’AEFO doit tout d’abord négocier la partie A des conventions collectives à la table centrale (aussi appelée table provinciale) avec le gouvernement et le Conseil des associations d’employeurs (CAE). « Tous les membres faisant partie d’un conseil scolaire ont la même partie A dans leur convention collective », indique le cadre en relations de travail.

Par la suite, chaque unité de négociation de l’AEFO doit s’entendre sur la partie B de sa convention collective avec son conseil scolaire. Les 30 tables locales sont réparties selon les conseils scolaires, le statut des membres (régulier, suppléant) et le palier scolaire (élémentaire, secondaire). « Les sujets qui ne sont pas abordés à la table centrale peuvent faire partie des négociations locales », spécifie Yann Archambault.

Les négociations rassemblent beaucoup de personnes. À la table provinciale, l’AEFO est représentée par la directrice générale, la directrice générale adjointe (également porte-parole), les cadres en relation de travail et la présidence provinciale. Cette équipe est soutenue par les présidences locales ainsi que les agentes et agents d’unité. L’employeur est pour sa part représenté par deux porte-parole pour le CAE, deux porte-parole pour le gouvernement, puis plusieurs représentantes et représentants des conseils scolaires ainsi que du gouvernement.

Pour ce qui est des tables locales, les équipes de négociation de l’AEFO se composent d’une ou d’un cadre en relations de travail de l’AEFO (qui est porte-parole), de la présidence locale, de l’agente ou agent d’unité ainsi que de quelques enseignantes et enseignants. Du côté de l’employeur, les équipes de négociation sont très différentes d’une table à l’autre. On peut y retrouver des gens de la direction des ressources humaines, de la direction d’école, de la surintendance ou de la direction des finances, ou encore des avocates et avocats.

Dans un premier temps, les sujets de négociation sont débattus afin de déterminer ceux qui seront abordés à la table centrale. De façon générale, les parties présentent leurs requêtes une fois les sujets de négociation identifiés.

Des règles de fonctionnement pour les négociations sont également fixées entre les parties, par exemple les suivantes :

  • Les signataires doivent faire preuve de bonne foi pour parvenir à un accord à l’issue du processus de négociation.
  • Le contenu des discussions doit être tenu confidentiel et assujetti à un silence (black-out) médiatique, incluant les réseaux sociaux, jusqu’à ce que les parties arrivent à une entente ou que les discussions prennent fin.
  • Dans le but de conclure une entente, les réunions et les discussions pourraient, par une entente mutuelle, se poursuivre au-delà des heures régulières de travail.
  • Les parties doivent fournir les informations disponibles et pertinentes pour mener les négociations.
  • Chaque partie a le droit de nommer son ou sa porte-parole. Plus d’une ou un porte-parole peut être nommé et d’autres personnes peuvent être invitées à prendre la parole lors d’une rencontre.
  • Chaque partie peut choisir les membres de son équipe et modifier celle-ci au besoin.

Les membres du CA reçoivent régulièrement des mises à jour sur l’état des négociations, tant à la table centrale que locale. En raison de la sensibilité de ces informations, elles demeurent confidentielles.

 

3. Les propositions

Pour chaque demande que l’AEFO souhaite faire à l’employeur au nom de ses membres (augmenter le salaire ou le nombre de congés personnels, par exemple), elle dépose une proposition de modification de la convention collective en vigueur. L’employeur doit prendre le temps de l’évaluer pour déterminer s’il l’accepte, la rejette ou y propose des modifications.

De son côté, l’employeur peut réclamer le retrait de certains avantages. Par exemple, s’il veut réduire les congés personnels parce que les absences sont trop difficiles à gérer, il peut soumettre ce sujet à la table des négociations. « Avant d’arriver à une contre-proposition ou à un refus, il y a beaucoup de discussions à l’interne : il faut entre autres évaluer les répercussions sur les membres. Une grande partie des négociations se déroulent dans notre propre comité de négociation », précise Yann Archambault.

Au fil des rencontres, les deux parties doivent se mettre d’accord sur chacun des sujets. « Les discussions peuvent parfois être menées entre deux personnes, en groupes restreints ou en groupes de travail. Le but est de trouver des solutions aux problèmes soulevés qui seront acceptables pour toutes les parties », détaille le cadre en relations de travail. À mesure que les discussions avancent, chacune des parties adapte ses demandes en fonction des oppositions rencontrées et des compromis conclus.

À la fin, il n’en ressort pas une équipe gagnante et une perdante : les deux parties doivent faire des concessions afin de respecter les intérêts de chacune et chacun.

 

Les stratégies pour aborder les points de désaccord

Dans toute négociation, certains désaccords vont persister entre les parties. Lorsqu’il y a un blocage dans les négociations, plusieurs stratégies peuvent être utilisées par l’AEFO :

  • La recherche d’autres solutions: le comité de négociation fait des compromis sur une demande afin de la faire accepter par l’employeur.
  • La priorisation des demandes: le comité de négociation peut décider de laisser tomber certaines demandes afin de concentrer ses efforts sur des enjeux plus significatifs pour les membres.
  • L’utilisation de la médiation ou de la conciliation: les parties prenantes peuvent faire appel à une tierce partie neutre pour faciliter le dialogue.
  • La mobilisation des membres: le comité de négociation peut solliciter un appui public de la part de ses membres grâce à différentes actions (p. ex. : le port d’un signe distinctif, la tenue d’une journée de mobilisation, la signature d’une pétition, une campagne sur les réseaux sociaux).

« Lorsqu’il y a une impasse sur un sujet précis ou sur l’ensemble de la requête, le comité de négociation peut demander au CA l’autorisation de solliciter un mandat de grève auprès des membres afin de faire comprendre à l’employeur que sa position est inacceptable », soutient Yann Archambault. Le CA évalue alors les risques, les possibilités et la stratégie à adopter avant de donner son accord.

Il faut savoir que ce mandat ne déclenche pas automatiquement une grève illimitée pour l’ensemble des membres. « Cela donne le droit à l’AEFO d’utiliser des moyens de pression, par exemple la grève rotative ou provinciale pendant une journée, ou encore le retrait de certains services seulement », poursuit-il. La responsabilité des étapes de grève relève du CA de l’AEFO.

 

4. L’évaluation des offres et la ratification

Lorsque les parties se mettent d’accord sur un sujet, les porte-parole de chaque partie signent la nouvelle clause. « Quand une clause est paraphée, on peut ensuite passer à un autre sujet. Mais les nouvelles clauses ne prennent pas effet tant qu’on ne ratifie pas la convention collective au complet », mentionne Yann Archambault.

Quand les deux parties se sont entendues sur l’ensemble des sujets, on dit qu’elles ont « conclu un accord ». Une ébauche de convention collective est alors rédigée. Celle-ci sera scrutée et analysée attentivement par les deux parties afin de s’assurer qu’elle représente bien l’entente. Dans le cas du personnel enseignant et suppléant, la partie A se nomme protocole d’accord central ou PAC et la partie B s’appelle protocole d’accord local ou PAL.

L’AEFO soumet ensuite l’entente centrale au CA, qui agit comme gardien de la cohérence entre les objectifs initiaux, les résultats obtenus et les intérêts globaux de l’ensemble des membres. L’entente doit être approuvée par le CA avant d’être présentée aux membres.

« L’entente est dévoilée aux membres en présentant chacune des modifications à la convention collective en vigueur. On répond ensuite aux questions des membres, puis on les convoque à un vote pour l’acceptation de l’entente ou non », rapporte le cadre en relations de travail. Si l’entente est refusée par le CA, par les membres ou par l’employeur, les négociations doivent reprendre, soit avec la même équipe, soit avec une nouvelle équipe de négociation.

Or, si la majorité des membres est en faveur de l’entente et que l’employeur l’est aussi, la nouvelle convention collective est signée et entre en vigueur pour la durée convenue entre les deux parties.

La ratification d’une nouvelle convention collective ne met pas fin au travail de l’AEFO, au contraire! L’association veille ensuite à l’application rigoureuse des conventions collectives tout en continuant de soutenir ses membres. « Les négociations et la mise en œuvre des conventions collectives constituent la manifestation la plus tangible de l’engagement de l’AEFO à défendre les droits et les intérêts de ses membres en tant que syndicat », commente la présidente de l’AEFO, Gabrielle Lemieux.

 

L’importance de la communication ouverte et transparente

Tout au long du processus de négociation des conventions collectives, la communication ouverte et la transparence sont primordiales. Les présidences d’unités, entre autres, alimentent l’équipe de négociation avec les informations qu’elles ont recueillies auprès des membres sur le terrain. L’AEFO demeure donc en tout temps à l’écoute des besoins et des préoccupations de ses membres. Elle peut ainsi les communiquer à l’employeur pendant les négociations et les défendre au besoin. « La communication avec les membres est essentielle parce que ce sont leurs conditions de travail que l’AEFO négocie », résume Marianne Raina, cadre au service des communications à l’AEFO.

Le comité qui représente l’AEFO à la table des négociations doit, pour sa part, entretenir une communication ouverte, respectueuse et positive avec l’employeur pour mieux comprendre sa position et, par la suite, proposer des solutions aux problèmes soulevés qui répondront aux besoins des membres sans entraver les intérêts de l’employeur.

En cours de négociation, il peut parfois s’avérer utile pour l’AEFO de communiquer avec d’autres parties, telles que des parents d’élèves, des membres de la communauté ou les médias, afin d’expliquer les revendications et, dans certains cas, d’obtenir l’appui de la population. « L’AEFO maintient aussi une communication continue avec les trois autres filiales syndicales en enseignement en Ontario tout au long des négociations, que ce soit grâce à des échanges entre les présidences provinciales, entre les directions générales ou entre les porte-parole aux tables des négociations », explique la directrice générale et secrétaire-trésorière de l’AEFO, Anne Lavoie.

La communication ne se résume donc pas à une transmission d’informations. Elle permet une harmonisation avec les autres filiales syndicales, la préservation de l’unité au sein de l’AEFO et un renforcement de la confiance envers le comité de négociation.

 

Informer les membres

Un des objectifs de l’AEFO dans le cadre des prochaines négociations est de partager les informations sur une base régulière, de façon claire et vulgarisée. « Nous veillerons à transmettre les informations dans un langage qui correspond au quotidien et à la réalité des membres », explique Marianne Raina.

Dès l’automne, divers moyens de communication seront utilisés en ce sens, notamment :

  • une page Web dédiée aux négociations régulièrement mise à jour;
  • une vidéo explicative sur le processus des négociations collectives, animée par la présidente, Gabrielle Lemieux;
  • un retour de la publication Info Négos, une publication privée, destinée aux membres, qui présente des mises à jour sur les négociations en cours – cette année, des vidéos accompagneront certaines éditions de la publication afin d’en vulgariser les termes techniques;
  • des objets promotionnels;
  • des affiches dans les lieux de travail;
  • des appels à l’action sur les réseaux sociaux;
  • d’autres articles (comme celui-ci!) dans Le Trait d’union.

L’AEFO est consciente que la bonne communication avec ses membres favorise leur mobilisation. « Et leur engagement est très important parce que c’est grâce à leur soutien que l’AEFO a du pouvoir à la table des négociations devant le gouvernement et l’employeur », conclut Marianne Raina.

Réaction à l’annonce du ministre de l’Éducation du 29 mai 2025

OTTAWA, le 29 mai 2025 – Gabrielle Lemieux, présidente de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO), a émis la déclaration suivante en lien avec l’annonce du ministre Calandra concernant le Programme des agents scolaires de l’Ontario et la gouvernance des conseils scolaires :

« Je tiens d’abord à souligner l’importance fondamentale de la gouvernance scolaire locale et ce, particulièrement pour les conseils francophones pour lesquels nous avons tant milité. Toute mesure imposée de manière centralisée, sans tenir compte du contexte communautaire francophone affaiblit le principe de gouvernance partagée.

L’approche du gouvernement risque de miner la confiance des familles, des élèves et du personnel enseignant envers les conseils et nos écoles francophones, en plus d’avoir un impact significatif sur le bon fonctionnement de notre système scolaire francophone.

Au lieu de s’en prendre aux conseils scolaires, nous implorons le gouvernement d’investir adéquatement dans le système d’éducation pour assurer la pérennité du système de langue française, pour adresser la violence dans les écoles et remédier à la pénurie croissante de personnel qualifié.

Nous prenons également connaissance avec préoccupation de l’annonce concernant la réintroduction obligatoire de la présence policière dans les écoles de la province.

Il est impératif que toute décision liée à la sécurité dans les écoles repose sur une approche fondée sur les droits de la personne, la recherche probante incluant Rêves repoussés : les élèves noirs du système public d’éducation de l’Ontario de la Commission ontarienne des droits de la personne (CODP) et l’écoute des élèves et des communautés noires, racialisées, autochtones et 2SLGBTQIA+, tout en s’assurant que les initiatives du gouvernement ne nuisent pas, même indirectement, au bien-être des élèves.

L’AEFO prendra le temps d’analyser le projet de loi qui sera déposé sous peu afin de tenir compte des impacts potentiels sur nos membres, nos communautés et surtout nos élèves. »

Gabrielle Lemieux
Présidente de l’AEFO

Déclaration commune de leaders en éducation au Canada

SASKATOON, le 28 mai 2025 Les présidences des organisations enseignantes du Canada se sont réunies à Whitecap, en Saskatchewan, les 26 et 27 mai 2025, pour discuter de la défense de l’éducation publique à travers le pays. Les échanges ont porté sur deux préoccupations majeures : les défis persistants liés à la rétention et au recrutement du personnel enseignant, ainsi que la hausse des incidents de violence et d’agression dans les écoles. 

Les présidences ont réaffirmé leur engagement commun envers l’éducation publique et ont lancé un appel aux gouvernements pour qu’ils investissent davantage dans le personnel enseignant, les services de soutien aux élèves et des milieux scolaires plus sécuritaires. 

Leurs positions sont appuyées par les récentes conclusions du sondage l’enquête Parachute 2024 de la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants (CTF/FCE), qui soulignent la gravité de la situation : 

Près de 80 % des membres du personnel de l’éducation se disent aux prises avec une charge de travail imprévisible et de plus en plus lourde. Pour 70 % de ces personnes, les piètres conditions de travail sont en cause. 

  • 95 % de professionnelles et professionnels de l’éducation font observer que les pénuries de personnel ont une incidence négative sur les élèves. L’insatisfaction des besoins éducatifs et l’érosion des services et des mesures de soutien spécialisés sont considérées comme les conséquences les plus graves. 
  • 55 % des membres du personnel de l’éducation ont été victimes de violence ou d’agression au cours de la dernière année.  
  • Malgré un taux de signalement élevé de ces incidents, les comités ou les personnes responsables de la santé et de la sécurité n’ont pris des mesures appropriées que dans 25% des cas. Les directions scolaires sont débordées. 

Ces constats témoignent d’une pression croissante exercée sur le personnel enseignant et l’ensemble du système d’éducation publique. Les élèves et le personnel scolaire à travers le Canada méritent des environnements d’apprentissage et de travail sécuritaires et bienveillants. Pourtant, de nombreux établissements continuent de faire face à des conditions difficiles nuisant au bien-être et à la réussite scolaire des élèves. Sans action immédiate, la profession risque de perdre davantage d’enseignantes et d’enseignants qualifiés et chevronnés, ce qui compliquera encore plus le recrutement et la rétention de nouveau personnel. Les défis actuels poussent des travailleuses et travailleurs du milieu à quitter la profession et en découragent d’autres à s’y engager. 

Il n’est pas trop tard pour renverser la tendance, mais des problèmes comme la violence scolaire nécessitent une attention urgente. 

Ensemble, les présidences interpellent les gouvernements provinciaux et territoriaux ainsi que le Conseil des ministres de l’Éducation du Canada pour qu’ils prennent des mesures immédiates dans l’intérêt des élèves à travers le pays. 

Les présidences, ainsi que les organisations qu’elles représentent, sont prêtes à collaborer avec les gouvernements pour améliorer l’éducation publique. Les priorités clés comprennent : 

  • La réduction de l’effectif des classes, pour permettre un enseignement de qualité et un meilleur soutien aux élèves. 
  • L’augmentation du personnel de soutien et de spécialistes dans les écoles.  
  • Des dispositions concrètes concernant la complexité des classes et de la sécurité des environnements d’apprentissage. 
  • La transparence du processus de signalement des incidents violents, y compris les mesures prises. 

Ces priorités reflètent ce qui est essentiel et urgent pour créer les conditions nécessaires à la réussite des élèves et du personnel enseignant. L’accès à une éducation publique de qualité pour tous les élèves est un pilier fondamental de la culture et des valeurs canadiennes, et contribue à une économie forte et à une démocratie vigoureuse.  

Signataires
Jason Schilling — The Alberta Teachers’ Association (ATA)
Gabrielle Lemieux — Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO)
Stéphanie Babineau — Association des enseignantes et des enseignants francophones du Nouveau-Brunswick, Fédération des enseignants du Nouveau-Brunswick (AEFNB/FENB)
Clint Johnston — Fédération des enseignantes et enseignants de la Colombie-Britannique (FECB)
Heidi Yetman — Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants (CTF/FCE)
Mona-Élise Sévigny — Éducatrices et éducateurs francophones du Manitoba (ÉFM)
Karen Brown — Fédération des enseignantes et des enseignants de l’élémentaire de l’Ontario (FEEO)
Lillian Klausen — The Manitoba Teachers’ Society (MTS)
Peter Lagacy — New Brunswick Teachers’ Association, Fédération des enseignants du Nouveau-Brunswick (NBTA/FENB)
Trent Langdon — Newfoundland and Labrador Teachers’ Association (NLTA)
Peter Day — Nova Scotia Teachers’ Union (NSTU)
Justin Matchett — Association des enseignants et enseignantes du Nunavut (AEN)
Rita Mueller — Association des enseignants et enseignantes des Territoires du Nord-Ouest (AETNO)
René Jansen in de Wal — Ontario English Catholic Teachers’ Association (OECTA)
Karen Littlewood — Fédération des enseignantes-enseignants des écoles secondaires de l’Ontario (OSSTF/FEESO)
Mike Foulds — Fédération des enseignantes et des enseignants de l’Ontario (FEO)
Andy Doran — Prince Edward Island Teachers’ Federation (PEITF)
Samantha Becotte — Fédération des enseignantes et enseignants de la Saskatchewan (FES)
Ted Hupé — Association des professionnels de l’éducation du Yukon (APEY)

Réaction au Budget de l’Ontario 2025

OTTAWA, le 16 mai 2025 – Gabrielle Lemieux, présidente de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO), a émis la déclaration suivante en lien avec le Budget de l’Ontario 2025 :

« Une fois de plus, le gouvernement Ford affirme faire de l’éducation une priorité, mais le budget provincial dévoilé hier révèle une réalité bien différente. Bien que nous comprenions que nous faisons face à une situation sans précédent, notamment en raison de la guerre tarifaire avec nos voisins du Sud, cela ne saurait justifier les compressions qui affectent directement nos écoles, nos élèves et l’avenir de notre société.

Malgré certaines annonces positives, notamment un investissement de 55,8 millions de dollars sur deux ans pour former 2 600 nouveaux enseignants, le budget ne prévoit aucune augmentation significative du financement de l’éducation pour au moins les trois prochaines années. Cette stagnation prolonge le sous-financement chronique qui affecte notre système éducatif depuis 2018, mettant sérieusement en péril la qualité et l’accessibilité à l’éducation en langue française financée par les fonds publics dans toute la province.

Investir dans l’éducation, c’est investir dans l’avenir de nos enfants et de l’Ontario. Or, le plafonnement annoncé des investissements, qui ne suivent même pas l’inflation, constitue un recul déguisé particulièrement alarmant. Cela risque d’exacerber les défis majeurs auxquels nos écoles sont déjà confrontées, notamment la pénurie persistante de personnel qualifié et la violence scolaire grandissante.

J’aimerais rappeler au gouvernement que les défis du système d’éducation publique en langue française exigent des solutions concrètes et durables, qui vont bien au-delà de mesures superficielles. Je suis curieuse de voir de quelle façon les ressources additionnelles annoncées seront mises en applications, mais sans une répartition équitable pour la formation du personnel enseignant, la situation dans les écoles franco-ontariennes pourrait empirer davantage.

L’AEFO exhorte donc le gouvernement à écouter attentivement le personnel enseignant et à reconnaître leur rôle essentiel dans la formation de la jeunesse franco-ontarienne. Il est impératif que l’éducation devienne une véritable priorité pour garantir l’équité et la prospérité future de notre province.

Par ailleurs, concernant l’investissement crucial de plus de 303 millions de dollars pour les services communautaires en santé mentale et en lutte contre les dépendances, nous saluons cette annonce et veillerons de près à ce que ces fonds soient réellement acheminés au bénéfice direct des travailleuses et travailleurs dans ces services et à nos communautés qui en ont le plus besoin.

Je réitère le fait que nous sommes prêtes et prêts à travailler en partenariat avec le gouvernement afin de trouver des solutions efficaces et équitables. Pour y parvenir, il nous faut un interlocuteur gouvernemental réellement engagé et déterminé à investir dans l’avenir de nos élèves francophones. »

 

Gabrielle Lemieux
Présidente de l’AEFO

Réaction au rapport « Au bout du rouleau » sur la violence dans les écoles ontariennes.

OTTAWA, 8 mai 2025 – Gabrielle Lemieux, présidente de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO), a émis la déclaration suivante en réaction à la récente publication du rapport Au bout du rouleau – Violence, austérité et négligence institutionnelle dans les écoles ontariennes rédigé par une équipe de recherche de l’Université d’Ottawa :

« Le portrait qui se dégage du rapport de l’Université d’Ottawa est alarmant, mais malheureusement pas surprenant. Il confirme ce que nos membres vivent et dénoncent depuis des années : un niveau de violence inacceptable dans les écoles, un épuisement généralisé, et un sentiment d’abandon face à des conditions de travail qui ne cessent de se dégrader. Nous sommes vraiment au bout du rouleau.

Le système d’éducation en langue française financé par les fonds publics est à bout de souffle. L’intégration des élèves à besoins particuliers sans appui supplémentaire a déjà mis nos membres à rude épreuve en ce qui concerne la violence en milieu de travail.

Ce rapport confirme ce que nos données internes et les témoignages de membres sur le terrain nous indiquaient déjà : le statu quo n’est pas soutenable. Ce que nous vivons est symptomatique d’un manque d’investissement chronique dans le système. Ce sous-financement exacerbe la crise existante et place le personnel enseignant et les élèves dans un environnement toujours plus éprouvant et insécurisant.

L’AEFO exige du gouvernement de l’Ontario et des employeurs un plan d’action concret et immédiat pour notamment stabiliser les effectifs, réduire les ratios, renforcer le soutien en classe, former le personnel enseignant, et investir massivement en santé et sécurité dans les écoles. Il faut que ces investissements ne se limitent pas à de simples lignes budgétaires, mais qu’ils se rendent jusque dans les écoles, dans les classes, auprès de nos élèves et de nos collègues.

Tous nos membres et leurs élèves méritent de pouvoir travailler et apprendre dans des environnements sains et sécuritaires. »

 

Gabrielle Lemieux
Présidente de l’AEFO

Réaction à la composition du nouveau cabinet fédéral

OTTAWA, 18 mars 2025 – Gabrielle Lemieux, présidente de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO), a émis la déclaration suivante en lien avec la composition du nouveau cabinet fédéral dirigé par le premier ministre Mark Carney :

« L’incertitude concernant la présence explicite d’un ministère dédié aux conditions des femmes et à l’équité des genres du nouveau cabinet fédéral est troublante. L’AEFO considère essentiel que ces dossiers soient portés de manière distincte et prioritaire au sein du gouvernement fédéral, afin de garantir des politiques et des actions concrètes visant l’égalité réelle et l’épanouissement de toutes et tous.

Dans un contexte politique préoccupant, marqué par des reculs aux États-Unis sur les droits des femmes, des personnes 2SLGBTQIA+, ainsi qu’en matière d’équité, de diversité et d’inclusion, notre vigilance doit être constante.

Comme syndicalistes, nous sommes les protectrices et les protecteurs de nos valeurs sociales et nous devons rester unis pour résister aux menaces idéologiques et politiques qui nous entourent.

L’AEFO appelle donc le gouvernement fédéral à clarifier rapidement ses intentions et à rétablir un engagement clair et manifeste envers les droits des femmes et l’équité entre les genres. Nous continuerons de suivre attentivement l’évolution de cette situation, en collaboration avec nos collègues d’un bout à l’autre du pays, et demeurons déterminés à défendre les intérêts des enseignantes et enseignants franco-ontariens ainsi que ceux de nos communautés dans leur ensemble.

L’AEFO s’inquiète également de l’abolition du ministère des Langues officielles qui a été intégré au ministère de la Culture et de l’Identité canadienne, sous la responsabilité de Steven Guilbeault. Ce changement suscite de sérieuses préoccupations quant à l’avenir et à la reconnaissance des communautés francophones en situation minoritaire. Nous craignons en effet que ce changement n’affaiblisse le soutien aux communautés francophones, particulièrement en Ontario où les défis demeurent nombreux.

Et avec les élections qui s’en viennent, il sera important de garder ces valeurs et priorités en tête lorsque le temps du scrutin sera venu. »

 

Gabrielle Lemieux
Présidente de l’AEFO

La rédaction des bulletins scolaires

Cette rubrique fait le point sur des sujets relatifs aux conditions de travail et aux droits des membres de l’AEFO.

Par Amélie Cournoyer, rédactrice agréée

Les bulletins scolaires constituent un outil de communication entre l’école et les parents. Ils fournissent une rétroaction sur les apprentissages de leur enfant, ses réussites et les points à améliorer.

Dans les bulletins, les commentaires anecdotiques rédigés par le personnel enseignant apportent des informations supplémentaires et des éclaircissements sur les notes ou les cotes attribuées. Les parents peuvent ainsi mieux comprendre comment évolue l’apprentissage de leur enfant.

S’il est crucial de tenir les parents au courant du parcours de leur enfant, c’est parce qu’ils ont un rôle décisif à jouer dans son succès scolaire. Diverses études montrent en effet que les élèves obtiennent de meilleurs résultats lorsque leurs parents s’engagent activement dans le processus d’apprentissage.

La rédaction des bulletins, une responsabilité importante

Pour le personnel enseignant, la rédaction des commentaires de bulletins est une tâche lourde et complexe, qui représente plusieurs heures de travail et qui exige une grande rigueur. L’enseignante ou l’enseignant doit en effet produire des commentaires constructifs et pertinents qui s’alignent avant tout avec les preuves d’apprentissage accumulées au fil du temps, selon la politique du ministère de l’Éducation Faire croître le succès, tout en respectant les directives de l’employeur.

Cela dit, l’évaluation des élèves et la communication de leur rendement par l’entremise des commentaires de bulletins doivent d’abord et avant tout refléter le jugement professionnel de l’enseignante ou de l’enseignant. « L’AEFO encourage ses membres à utiliser leur jugement professionnel pour interpréter leurs preuves d’apprentissage et expliquer clairement les progrès des élèves à leur parent ou tutrice ou tuteur », précise Gabrielle Lemieux, présidente de l’AEFO.

Quand le jugement professionnel est remis en doute

Les bulletins scolaires sont ultimement sous la responsabilité des directions d’école. Il arrive donc parfois que celles-ci remettent en question des cotes, des notes ou des commentaires rédigés par le personnel enseignant. Des modifications peuvent également être demandées.

La majorité des demandes de modification restent mineures. Elles vont, par exemple, concerner l’orthographe, la syntaxe ou le remplacement de termes négatifs par leurs équivalents positifs. Mais certaines peuvent changer le sens du commentaire ou aller carrément à l’encontre du message que l’enseignante ou l’enseignant souhaite transmettre, remettant ainsi son jugement professionnel en doute.

Si tel est le cas, l’enseignante ou l’enseignant est encouragé à entretenir une discussion pédagogique avec la direction. Cette conversation doit demeurer constructive et basée sur des données factuelles ainsi que des références aux politiques ministérielles. « Le personnel enseignant ne devrait pas hésiter à aller parler à sa direction pour s’informer du raisonnement derrière les demandes de modification et à exprimer son désaccord, au besoin », soutient Gabrielle Lemieux.

Quand le désaccord persiste

Lorsqu’un consensus n’est pas possible, c’est la direction qui a le dernier mot, puisqu’elle est la superviseure immédiate du personnel enseignant et qu’elle est responsable des bulletins scolaires.

Aux enseignantes et enseignants des écoles élémentaires, l’AEFO conseille de ne pas signer les bulletins qui ne reflètent pas leur jugement professionnel. Pour ce qui est des écoles secondaires, la direction signe d’office tous les bulletins. Ainsi, le seul recours pour le personnel enseignant qui n’endosse pas un bulletin d’élève est de diriger le parent qui a des questions vers la direction.

Les enseignantes et enseignants qui rencontrent des difficultés avec leur direction en ce qui a trait aux bulletins sont invités à consulter leur unité locale. « Les membres de l’AEFO ne doivent pas hésiter à contacter leur présidence d’unité pour leur faire part de la situation et savoir comment celle-ci peut les soutenir », mentionne Gabrielle Lemieux. La présidence pourrait transmettre l’information au conseil scolaire et mettre de l’avant certaines revendications, telles que le respect du jugement professionnel du personnel enseignant ainsi que la clarification et la standardisation des attentes des directions, par exemple. « Nous demandons que les directions des écoles s’engagent à respecter davantage le jugement professionnel du personnel enseignant lors de la rédaction des bulletins. Ça inclut des lignes directrices claires pour limiter les demandes de modifications arbitraires qui pourraient altérer le message initial », poursuit-elle.

Comment prévenir les situations conflictuelles?

Pour tenter d’éviter les situations problématiques avec la direction en lien avec la rédaction des bulletins, le personnel enseignant peut :

  • avoir une discussion avec la direction d’école en début d’année scolaire afin de connaître ses attentes (ce conseil s’adresse particulièrement aux enseignantes et enseignants commençant leur carrière ou vivant un changement de direction à l’école);
  • discuter avec la direction et les parents dès qu’une situation problématique est observée chez une ou un élève au cours de l’année, ce qui évite les mauvaises surprises au moment de la remise des bulletins;
  • entretenir une discussion ouverte et continue avec les parents au sujet des apprentissages de leur enfant à l’aide de différents moyens (p. ex. : faire signer les travaux et examens chaque mois, envoyer des courriels de suivi des activités, utiliser une plateforme de communication entre l’école et les parents – comme Class Dojo ou Remind – qui est approuvée par le conseil et utilisée uniquement à des fins professionnelles);
  • appuyer les évaluations des élèves sur des données (p. ex. : preuves d’apprentissage, tableaux, graphiques, évaluations, grilles, etc.) afin d’éviter toutes formes de subjectivité;
  • conserver les traces écrites des évaluations et des échanges avec les élèves, les parents et la direction, lesquelles pourront être utilisées en cas de différend;
  • apprendre à aiguiser son jugement professionnel lorsqu’on débute dans la profession enseignante en développant son expérience de diverses façons (p. ex. : diversifier ses approches pédagogiques, collaborer avec des collègues, suivre de la formation continue, assister à des conférences et à des forums, demander à des collègues des exemples de commentaires, se trouver une ou un mentor);
  • se référer au Guide d’appui à la préparation des bulletins scolaires avant d’entamer la rédaction des bulletins;
  • consulter l’unité en cas de doute ou si vous avez besoin d’appui.

Un guide de soutien à la rédaction des bulletins

Pour faciliter la tâche du personnel enseignant lors de la rédaction des bulletins, l’AEFO a conçu le Guide d’appui à la préparation des bulletins scolaires, en collaboration avec le Conseil des associations d’employeurs (CAE) et le ministère de l’Éducation. En plus de résumer les attentes et les principes en matière de préparation et de rédaction des commentaires, selon la politique Faire croître le succès, le guide explique comment communiquer clairement le rendement scolaire des élèves.

On y trouve d’ailleurs de nombreux modèles de commentaires pouvant être utilisés pour les élèves de la maternelle et des jardins d’enfants jusqu’à la 12e année. Il est à noter que certains d’entre eux sont devenus obsolètes en raison de la révision de nombreux curriculums depuis la publication du guide, bien que le contexte concernant Faire croître le succès demeure encore pertinent.

« Le guide propose des stratégies et des exemples concrets pour justifier les décisions d’évaluation auprès de la direction et des parents. On recommande donc au personnel enseignant de s’y référer pour éviter que leurs commentaires dans le bulletin scolaire soient remis en question par leur direction », précise la présidente de l’AEFO. L’association offre aussi aux membres du personnel enseignant son Guide sur le jugement professionnel quand on enseigne.

En somme, l’objectif pour le personnel enseignant est de travailler en amont pour réduire le nombre de modifications demandées par la direction et éviter les situations conflictuelles en lien avec la rédaction des commentaires. D’autant plus que c’est une tâche récurrente, qui revient trois fois par année. « La rédaction des bulletins est une belle occasion de mettre en lumière les besoins, les progrès et les réussites des élèves. En favorisant une communication ouverte entre le personnel enseignant, la direction et les parents, il est possible de renforcer la confiance et de valoriser le jugement professionnel des enseignantes et enseignants. L’AEFO demeure engagée à soutenir ses membres afin qu’elles et ils puissent exercer pleinement leur rôle », conclut Gabrielle Lemieux.

La dégradation des bâtiments scolaires : un enjeu majeur pour l’éducation

Par Amélie Cournoyer, rédactrice agréée

En Ontario, de nombreux bâtiments scolaires montrent une dégradation allant de légère à alarmante. Le gouvernement doit allouer les ressources financières nécessaires pour améliorer les milieux de travail du personnel et assurer des environnements d’apprentissage sains et sécuritaires pour les élèves.

En décembre dernier, le Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario (BRF) a publié un rapport concernant l’état des bâtiments scolaires en Ontario, leurs capacités d’accueil et la budgétisation des immobilisations. Le rapport propose une estimation des coûts pour maintenir les bâtiments scolaires de la province en bon état de fonctionnement et compare ce montant avec le financement prévu dans le plan d’immobilisations du budget de l’Ontario 2024.

Le rapport nous apprend que 37 % des écoles ontariennes ne sont pas dans un bon état de fonctionnement. Dans le lot, près de 1 800 écoles nécessitent des réparations et une trentaine doit être carrément rasée. « Maintenir les biens en état de fonctionnement aide à maximiser les avantages de l’infrastructure publique et fait en sorte que ces biens fournissent les services attendus dans des conditions considérées comme acceptables, tant du point de vue de l’ingénierie que de la gestion des coûts », écrit le BRF dans son rapport.

 

Le tiers des écoles francophones en mauvais état

Une idée répandue auprès des communautés scolaires de la province est que les écoles francophones sont, de façon générale, en pire état que les écoles anglophones. « On entend souvent que le système francophone a hérité de plusieurs vieux bâtiments scolaires du système anglophone. C’est vrai, mais ils n’étaient pas tous en mauvais état », précise Alexandre Beaudin, chargé de projets en développement de l’intelligence collective à l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACÉPO).

Celui qui a déjà travaillé au sein de la division responsable des immobilisations du ministère de l’Éducation rappelle qu’une grande partie du parc immobilier des systèmes d’éducation francophones est neuve ou assez récente, une bonne proportion des écoles ayant été construites dans les 27 dernières années. « Les conseils scolaires publics francophones n’existaient pas avant 1998 et ils ont plus que doublé leurs effectifs depuis leur création. Beaucoup de nouvelles écoles ont donc été construites pour répondre à la hausse de la clientèle. Même chose pour les conseils catholiques, qui ont connu une croissance rapide au cours de la même période », explique Alexandre Beaudin.

De ce fait, 32 % des bâtiments scolaires du système public francophone ne sont pas dans un bon état de fonctionnement, comparativement à 43 % pour son pendant anglophone. Du côté des systèmes catholiques, ce sont 26 % des écoles de langue française qui sont en mauvais état contre 27 % des écoles de langue anglaise.

Il reste que c’est le tiers des écoles francophones qui ont besoin de réparations et de rénovations importantes.

 

La détérioration précoce des bâtiments scolaires

Fissures dans les murs et les fondations; infiltrations d’eau; systèmes électriques, de chauffage et de ventilation défaillants; forte concentration de radon dans l’air; plomb dans l’eau potable; présence de moisissures ou d’amiante; peinture qui écaille ou plâtre qui s’effrite sur les murs; tuiles de plafond endommagées ou manquantes; toit en béton cellulaire autoclavé armé (le fameux BCAA qui a fait fermer le Centre des sciences de l’Ontario l’été dernier)… La dégradation de certaines écoles en Ontario est alarmante.

Plusieurs facteurs sont en cause :

  • Vieillissement des infrastructures : Cela entraîne une dégradation naturelle des matériaux et des systèmes, qui doivent être rénovés, réparés ou remplacés.
  • Sous-financement chronique : Depuis l’instauration de la nouvelle formule de financement par le gouvernement conservateur de Mike Harris en 1998, les conseils scolaires dépendent entièrement des subventions du gouvernement provincial. Dès lors, le sous-financement chronique a forcé les conseils scolaires à réduire leurs dépenses en travaux de réparation de ses bâtiments. Cela a eu pour effet, à long terme, de causer des arriérés dans les travaux de maintenance et une aggravation des problèmes existants, entraînant la détérioration précoce des bâtiments.
  • Manque de normes provinciales en matière de bâtiments scolaires : La campagne provinciale non partisane menée par un groupe de parents Fix Our Schools (Réparons nos écoles) demande non seulement un financement adéquat, stable et équitable pour la réparation et la rénovation des écoles, mais aussi la création de normes de bon état pour l’ensemble des écoles publiques de l’Ontario. « Ces normes doivent énoncer clairement l’état acceptable des bâtiments scolaires, des locaux mobiles [de type portatif] et des cours d’école et inclure les mesures qui seront recueillies pour démontrer que les normes sont respectées », écrit la cofondatrice de la campagne Krista Wylie dans le magazine Education Forum.
  • Croissance du nombre d’élèves : En 2023-2024, près de 26 % des écoles ontariennes étaient surutilisées, ce qui accentue la pression sur des infrastructures déjà fragiles. Et le BRF prévoit que les écoles ontariennes accueilleront environ 90 000 enfants de plus dans 10 ans, faisant passer le nombre d’élèves de 2,05 à 2,14 millions.

 

Des répercussions sur le bien-être des élèves et du personnel

La détérioration des bâtiments scolaires n’est pas sans répercussions sur le bien-être des élèves ainsi que du personnel. Le rapport américain du Council of the Great City Schools (CGCS) intitulé Reversing the Cycle of Deterioration in the Nation’s Public School Buildings et le fascicule Aménager des écoles favorables à la santé et au bien-être publié par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et le Centre de référence sur l’environnement bâti et la santé (CREBS) en répertorient plusieurs.

Chez les élèves :

  • Baisse de moral : Les écoles en mauvais état affectent l’humeur des élèves qui les fréquentent.
  • Apprentissage difficile : Les classes mal insonorisées nuisent à la compréhension de la parole et de la lecture, à la mémoire à long terme, à l’attention et aux performances lors des examens.
  • Diminution des résultats scolaires : Les élèves qui évoluent dans des bâtiments scolaires de mauvaise qualité ont de moins bons résultats scolaires que les élèves qui sont dans des bâtiments plus récents et fonctionnels.
  • Diminution de l’engagement scolaire : Des espaces délabrés ou inadaptés peuvent entraîner une baisse de motivation ainsi que du sentiment d’appartenance envers l’école. Cela nuit à l’engagement et à la réussite scolaires des élèves.

Chez le personnel enseignant :

  • Baisse de moral et d’estime : Un bâtiment scolaire en mauvais état affecte l’humeur des enseignantes et enseignants qui y travaillent de même que leur sentiment de compétence en classe.
  • Diminution des performances : Lorsque les problèmes liés à l’état physique de l’école sont assez graves pour nuire au travail des enseignantes et enseignants, cela se traduit par une diminution des efforts déployés en classe et de leur performance.
  • Baisse de la satisfaction au travail : L’état du bâtiment scolaire influe sur le degré de satisfaction du personnel enseignant envers son travail.
  • Hausse du taux d’absentéisme : Tous les facteurs mentionnés plus haut contribuent à l’augmentation du taux d’absentéisme chez le personnel enseignant.

 

Des risques pour la santé

Le fascicule de l’INSPQ et du CREBS évoque également les nombreux risques pour la santé que peut représenter la fréquentation d’une école en mauvais état, notamment ceux-ci :

  • Présence de contaminants dans l’air : À long terme, l’exposition à l’amiante peut entraîner le développement de diverses maladies respiratoires, tandis que le radon augmente le risque de cancer du poumon.
  • Problèmes d’humidité excessive ou d’infiltration d’eau : S’ils ne sont pas résolus rapidement, ils peuvent engendrer une prolifération de moisissures. L’exposition prolongée à celles-ci peut provoquer des irritations des yeux, du nez et de la gorge ainsi que des symptômes allergiques (congestion, sécrétions nasales, éternuements, démangeaisons cutanées) ou l’aggravation des symptômes d’asthme. « D’ailleurs, l’asthme touche particulièrement les jeunes et représente, pour ces derniers, la première cause d’absentéisme en contexte scolaire », note l’INSPQ.
  • Chaleur : Au début et à la fin de l’année scolaire, la température dans les classes non climatisées peut être très élevée. Cela peut entraîner une augmentation de la fatigue, des étourdissements et des coups de chaleur ainsi que des risques d’épuisement. La diminution de la vigilance provoquée par la chaleur peut également accroître le risque de blessures.

 

Une insuffisance de financement importante

Pour ramener tous les bâtiments scolaires de la province dans un bon état de fonctionnement, le BRF soutient que le gouvernement doit investir 21,7 milliards de dollars sur 10 ans. En effet, le coût actuel (appelé déficit infrastructurel dans le rapport) s’élève à 6,5 milliards de dollars. Et un investissement supplémentaire évalué à 15,2 milliards de dollars sera nécessaire dans les 10 prochaines années, puisque les bâtiments continueront de vieillir et de se détériorer.

C’est sans compter les 9,8 milliards de dollars qui devront être investis sur 10 ans afin d’aménager l’équivalent de 227 nouvelles écoles qui allégeront les pressions permanentes sur la capacité (soit pour accueillir l’ensemble des élèves et répondre à la hausse de clientèle anticipée sans surutiliser les écoles ni avoir recours à des salles de classe portatives).

Or, dans son budget 2024, le gouvernement a prévu seulement 18,7 milliards de dollars sur 10 ans pour les bâtiments scolaires.

Si le gouvernement n’ajoute pas près de 13 milliards de dollars au financement prévu, le BRF estime que le nombre de bâtiments scolaires qui ne seront plus dans un bon état de fonctionnement passera de 37 à 75 % dans 10 ans. Et le déficit infrastructurel augmentera de 6,5 à 22 milliards de dollars d’ici 2033-2034.

 

L’Ontario dépense de moins en moins en éducation

Non seulement le financement des infrastructures est insuffisant, mais le gouvernement multiplie de plus les coupures et les compressions budgétaires en éducation, et ce, malgré les demandes pressantes pour un investissement massif dans les écoles publiques. Résultat : le financement scolaire rajusté à l’inflation a diminué de 1 500 $ par élève depuis l’arrivée de Ford au pouvoir en 2018, selon Ricardo Tranjan, économiste politique et chercheur principal au bureau ontarien du Centre canadien de politiques alternatives (CCPA). Bref, l’Ontario dépense de moins en moins pour ses élèves.

« Ce gouvernement aime affirmer qu’il fait des investissements historiques en éducation publique, alors qu’en réalité, les élèves et les conseils scolaires sont assujettis à des coupures de financement à répétition », a d’ailleurs dénoncé la présidente de la Fédération des enseignantes-enseignants des écoles secondaires de l’Ontario (FEESO), Karen Littlewood, à la suite de l’annonce d’une importante coupure de financement en éducation en 2023.

« Quand le gouvernement dit qu’il fait des investissements historiques en éducation, ce n’est pas faux : les chiffres sont effectivement plus gros que les années précédentes. Mais le gouvernement joue avec les mots, puisque le montant investi chaque année n’augmente pas aussi vite que les coûts et les besoins réels », explique Alexandre Beaudin, en faisant référence au nombre d’élèves qui augmente dans l’ensemble du système d’éducation ontarien et à l’inflation qui se répercute sur le coût de tous les biens et services.

 

Un sous-financement qui coûte cher

Confronté au même problème aux États-Unis, le CGCS explique bien le cercle vicieux du sous-financement des écoles publiques dans son rapport : « [C]onfrontés à des difficultés financières pendant de longues périodes, [les districts scolaires] prennent des décisions économiques qui réduisent les types de travaux de maintenance les plus rentables : la maintenance préventive et prédictive. Le résultat de ces décisions “pour économiser de l’argent” fera, à long terme, augmenter le nombre et la fréquence de réparations en cas de panne et de travaux de remplacement, qui sont, en fin de compte, beaucoup plus coûteux. »

Selon des études citées par le CGCS, chaque dollar destiné à l’entretien préventif des bâtiments non investi entraîne, à terme, une dépense de 4 $ pour réparer ou remplacer les éléments défectueux. « Les gouvernements sont élus tous les quatre ans, alors ils n’ont pas toujours une vision à long terme et c’est ce qui manque dans le dossier des bâtiments scolaires », pense Alexandre Beaudin.

 

Les chiffres parlent, il faut les écouter

L’AEFO croit qu’il est crucial que des investissements accrus soient réalisés dans l’entretien et l’agrandissement des infrastructures scolaires. « Le rapport du BRF dit tout : ce qui est budgété par le gouvernement n’est pas suffisant pour garder les écoles en bon état de fonctionnement et risque d’accentuer le problème de façon importante dans les 10 prochaines années. Les chiffres parlent, il faut les écouter », résume le cadre en relations de travail et professionnelles à l’AEFO, Philippe St-Amant.

De plus, l’AEFO met de l’avant l’importance de discuter de la qualité des espaces et des installations dans nos écoles francophones. « Si certains établissements ont la chance de bénéficier de nouveaux aménagements, beaucoup d’autres font face à des défis majeurs en matière d’espace insuffisant et de conditions inadaptées », poursuit-il.

L’association continuera donc de militer pour que le gouvernement alloue les ressources nécessaires afin d’améliorer les milieux de travail de ses membres et que des actions immédiates soient prises lorsque ceux-ci affectent la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage. « Tous les élèves et tous les membres du personnel scolaire ont droit à une école saine, sécuritaire et bien entretenue », dit Philippe St-Amant.

« Nous comprenons pleinement les préoccupations de nos membres concernant le manque de locaux convenables et le maintien adéquat de certains édifices scolaires. Le bien-être et la sécurité de nos membres et des élèves sont au cœur de nos priorités », mentionne la présidente de l’AEFO.

Réaction à l’issue des élections provinciales 2025

OTTAWA, 28 février 2025Gabrielle Lemieux, présidente de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO), a émis la déclaration suivante en lien avec les résultats de l’élection provinciale et la réélection du Parti conservateur : 

« Tout d’abord, je tiens à remercier toutes celles et tous ceux qui ont pris part au processus démocratique et exercé leur droit de vote. Que l’on soit d’accord ou non avec le résultat de ces élections, il est essentiel de reconnaître la volonté exprimée par les électrices et les électeurs ontariens. 

Peu importe le contexte politique, je tiens à réaffirmer l’engagement de l’AEFO à collaborer avec le gouvernement élu afin de faire avancer les enjeux essentiels pour nos membres et les communautés franco-ontariennes. 

Tout au long de la campagne électorale, des enjeux cruciaux pour nos membres – dont l’éducation en langue française, la santé mentale, la sécurité dans nos écoles et les conditions de travail en éducation – ont été trop peu abordés. Or, ces questions sont fondamentales pour assurer l’avenir et l’épanouissement de nos communautés. 

Le système d’éducation de langue française, tout comme les services publics offerts en français d’ailleurs, fait face à des défis majeurs qui ne peuvent être réglés par des solutions superficielles. Sans actions concrètes, les conditions d’apprentissage de nos élèves francophones continueront de se détériorer. Il est crucial que le gouvernement en prenne la pleine mesure durant ce nouveau mandat.

L’histoire nous montre que le changement prend du temps, mais aussi que notre engagement et notre détermination portent fruit. Ce résultat est décevant, mais notre communauté a toujours su faire face aux défis avec résilience et persévérance. Nous avons gagné nos écoles francophones, notre gestion scolaire et le droit d’apprendre en français, malgré l’adversité. Ensemble, nous continuerons d’avancer, car la prochaine génération compte sur nous pour assurer un avenir où l’éducation et les services en français demeurent une priorité. 

Soyez assurées et assurés que l’AEFO poursuivra son travail de représentation et de mobilisation afin que ces priorités soient placées au cœur de nos actions. Nous demeurons pleinement engagées et engagés à défendre les intérêts de nos membres et de nos communautés, et à œuvrer pour des avancées concrètes. » 

 

Gabrielle Lemieux
Présidente de l’AEFO

 

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